Des fois il y a des choses qui dépassent mon entendement. Pourquoi les cerises finissent-elles invariablement en clafoutis en France et pourquoi finissent-elles invariablement en cherry pie dans les pays anglo-saxons? Ici c'est simple la tourte aux cerises est une telle institution qu'on appelle les griottes "pie cherries". Pourtant nous les Français connaissons l'existence des "pies" et les anglo-saxons connaissent aussi l'existence du clafoutis (si, si, tapez clafoutis recipe sur un moteur de recherche pour voir). Et puis c'est pas comme si en France on pratiquait le racisme culinaire car tous les jours sur la blogosphère on peut trouver des recettes de brownies, cookies, cheesecakes et autres gâteaux aux carottes. Pourtant les cherry pies ça court pas la blogo. Mais ce qui me dépasse le plus c'est que des gens puissent fantasmer sur le clafoutis. Qu'on fasse un clafoutis pour écouler des cerises et pour réaliser un dessert vite fait facile à emporter et économique, OK. Mais que des gens puissent trouver ça excitant je comprends pas, et pourtant je suis une vraie limousine (quoi qu'un peu américanisante ces derniers mois et ch'timisante ces dix dernières années) pure souche. Pour moi la gourmandise c'est du caramel ou du chocolat qui coule, le contraste du mou et du croustillant, du froid et du chaud, du qui pique avec du doux et sucré, mais certainement pas le fruit fadasse dans une texture un peu élastique. Voilà c'était mon plaidoyer anti-clafoutis. Maintenant je me sens mieux et je vais pouvoir vous parler des griottes et de la recette.

Il y a peu j'ai découvert les griottes. Ben oui à mon âge j'en avais jamais mangé de fraîches. D'ailleurs je pensais même pas que ça pouvait se trouver frais, je croyais que c'était un truc qui poussait dans la liqueur. A ma décharge je dois dire que dans la Haute vallée de la Creuse où j'ai grandi il y a belle lurette que les gens ont arrêté de planter des cerisiers dont les fleurs gèlent invariablement. Donc pour moi le ramassage des griottes sur les collines spokaniennes ces dernières semaines a été une grande première. Je suis tombée amoureuse de la griotte cuite et aussi de l'arbre avec les fruits qu'on dirait tout droit sorti d'Alice au pays des merveilles ou de chez Bree Van de Kamp. Et je suis tombée amoureuse de la tourte aussi. Je savais que l'amande se mariait bien avec la cerise mais j'ai découvert que l'arôme amande amère rehaussait la saveur de la cerise. En gros j'ai adoré ce concentré de goût de cerise aigrelette avec la glace à la vanille et la pâte qui croustille et je comprends beaucoup mieux pourquoi tout le monde en raffole ici. Je me suis inspirée de plusieurs recettes toutes assez similaires mais j'ai mis moins de sucre sachant que j'allais manger la tourte avec de la glace. Si vous voulez être pas drôles du tout et la manger sans glace je vous conseille d'augmenter la quantité de sucre à une tasse. Ici on la sert chaude qui dégouline mais si vous tenez absolument à ce qu'elle soit présentable la version froide peut s'avérer une solution, par contre après on risque de penser que vous ne connaissez rien à la vie.
Ingrédients pour un moule de 24 cm:
- 2 pâtes brisées légèrement sucrées
- 1 kg de griottes
- 3/4 de tasse de sucre
- 5 c. à soupe d'amidon de maïs
- 1 c. à café d'extrait de vanille
- 1/2 c. à café d'arôme amande amère
- un peu de lait
- sucre pour saupoudrer
- quelques noix de beurre
- quelques gouttes de colorant rouge (facultatif)
Déroulement:
Mettre les cerises dans une casserole avec le sucre. Ajouter la farine et mélanger. Porter à ébullition et faire cuire quelques minutes en remuant souvent (mais en évitant de casser les griottes) jusqu'à ce que la sauce soit épaisse. Ajouter l'arôme et l'extrait de vanille, le colorant éventuel (si vous avez des cerises pas très jolies) et laisser refroidir.
Étaler les 2 pâtes brisées. Beurrer un moule à tarte assez haut et le foncer avec une des 2 abaisses. Humidifier les côtés de la pâte avec un pinceau trempé dans de l'eau. Verser les cerises refroidies sur le fond de tarte. Parsemer de petites noisettes de beurre. Recouvrir avec la deuxième abaisse de pâte et souder les bords avec les doigts. Avec le dos d'un couteau, faire des empreintes tout le long de la pâte pour finir de la souder et pour faire joli. Avec le même couteau pratiquer de petites incisions sur le dessus de la pâte pour permettre à l'air de s'échapper et éviter au jus de couler dans le four.
Mettre la tourte assez bas dans le four préchauffé à 185° pour permettre à la pâte de cuire en dessous et cuire 30 minutes. Sortir du four et badigeonner de lait. Saupoudrer de sucre et remettre cuire environ 20 minutes, jusqu'à ce que la tourte soit dorée. Laisser reposer 30 minutes et servir encore chaud avec une boule de glace à la vanille.







